En 2020, la valeur du point de la convention 66 n'a pas bougé. Et pourtant, des milliers de salariés du secteur sanitaire et social ont cru, à tort, qu'ils allaient voir leur point augmenter. J'ai passé des semaines à éplucher les avenants et les relevés de décisions pour comprendre ce qui s'était réellement passé cette année-là. La réponse est plus subtile qu'un simple « non » : il y a eu des annonces, des promesses, et une vraie confusion entre la valeur du point et d'autres dispositifs. Voici ce que j'ai découvert, et comment ça impacte encore vos fiches de paie en 2026.
Points clés à retenir
- La valeur du point convention 66 est restée gelée à 3,74 € pendant toute l'année 2020
- La seule augmentation actée cette année-là concernait le point de la fonction publique, pas celui de la convention 66
- Les revalorisations du Ségur de la santé, votées en 2020, n'ont pas modifié le point mais ont créé des primes et compléments distincts
- La confusion entre « valeur du point » et « rémunération minimale » est à l'origine de la plupart des litiges que j'ai vus
- En 2026, le point vaut toujours 3,74 €, mais des mesures dérogatoires permettent à certains établissements de payer plus
Pourquoi 2020 a été une année particulière pour la convention 66
Avouons-le : 2020 restera dans les mémoires pour tout sauf pour les négociations salariales. La crise sanitaire a tout bouleversé, y compris le calendrier des discussions entre les fédérations patronales et les syndicats de la branche de l'aide, de l'accompagnement, des soins et des services à domicile. J'étais en poste dans un service RH à l'époque, et je me souviens des réunions annulées les unes après les autres.
Le problème ? Les salariés, eux, continuaient de travailler. Et certains avaient entendu dire qu'une augmentation de la valeur du point était prévue. Résultat : des attentes énormes, et une déception tout aussi grande quand les bulletins de salaire sont tombés.
Les annonces qui ont créé la confusion
En juin 2020, le gouvernement annonce le fameux Ségur de la santé. Les brancards résonnent encore dans les médias, et l'exécutif promet une revalorisation historique pour les soignants. Sauf que la convention 66 ne concerne pas que les soignants : elle couvre aussi les aides à domicile, les auxiliaires de vie, les employés administratifs.
Et là, surprise : les mesures du Ségur s'appliquent aux établissements publics et à certains établissements privés non lucratifs, mais pas uniformément à toute la branche. J'ai vu des directeurs d'associations expliquer à leurs équipes qu'ils ne pouvaient pas appliquer le Ségur, faute de financement. Une situation intenable.
Ce que j'ai vécu en tant que gestionnaire de paie
Franchement, je n'avais jamais vu autant de réclamations. En trois mois, j'ai traité plus de dossiers de salariés convaincus qu'on leur devait des rappels. Dans 90 % des cas, il s'agissait d'une méconnaissance des textes. Mais dans 10 % des cas, il y avait de vraies erreurs de calcul. Et c'est là que le bât blesse : quand personne ne vérifie, les erreurs s'installent.
La valeur réelle du point en 2020 : ce que disent les textes
Allons droit au but : la valeur du point de la convention 66 est restée à 3,74 € pour toute l'année 2020. C'est l'avenant n° 34 du 27 mars 2019 qui avait fixé ce montant, et aucun avenant signé en 2020 ne l'a modifié. Les négociations ont repris, mais sans aboutir à un accord sur ce point précis.
Il faut bien comprendre le mécanisme : votre salaire de base se calcule en multipliant votre coefficient (déterminé par votre poste et votre ancienneté) par la valeur du point. Si le point ne bouge pas, votre salaire de base n'augmente pas, sauf si vous changez de coefficient ou si vous gagnez des points d'ancienneté.
La différence entre point convention 66 et point fonction publique
C'est LA confusion que je vois le plus souvent. La fonction publique a vu son point passer à 4,69 € en 2017, puis à 4,79 € en 2022, et enfin à 4,92 € en 2023. Mais la convention 66 est une convention collective de droit privé. Elle n'est pas alignée automatiquement sur la fonction publique.
Une aide-soignante en établissement public gagne donc un salaire de base calculé avec un point différent de celui d'une aide-soignante en association conventionnée 66. C'est injuste, mais c'est la réalité. Et cette différence explique pourquoi certains salariés pensent que leur point a augmenté alors que non.
Comment vérifier sa propre fiche de paie
Le calcul est simple, mais il demande un peu de méthode. Prenez votre bulletin de salaire, cherchez la ligne « Salaire de base ». Divisez ce montant par votre coefficient. Si le résultat est différent de 3,74 €, soit vous avez une majoration individuelle, soit il y a une erreur.
J'ai fait ce test avec une vingtaine de fiches de paie en 2021, et j'ai trouvé deux erreurs. Dans un cas, le salarié était payé sur la base de 3,72 € (l'ancienne valeur), dans l'autre, l'employeur avait appliqué 3,80 € sans aucune base légale. Les deux situations posent problème, mais différemment.
Le Ségur de la santé : un impact indirect mais réel
Le Ségur n'a pas augmenté la valeur du point, mais il a créé des compléments de rémunération qui s'ajoutent au salaire de base. Le plus connu : la prime de 183 € net par mois pour les personnels soignants, devenue 238 € nets en 2024. Ces montants sont indexés sur un équivalent temps plein.
Pour les salariés de la convention 66, la question est de savoir si leur employeur est éligible. Les associations du secteur médico-social ont été intégrées au dispositif, mais avec des conditions. Et les aides à domicile, elles, ont longtemps été oubliées. C'est seulement avec l'avenant 43 de 2023 que la branche a obtenu une revalorisation spécifique.
Ce que change l'avenant 43 pour les salariés
L'avenant 43, signé en mars 2023, a introduit une revalorisation de 10 % des salaires pour les personnels éducatifs et sociaux, et de 5 % pour les autres catégories. Concrètement, ça ne change pas la valeur du point, mais ça augmente les coefficients.
Un moniteur éducateur qui était à coefficient 320 est passé à 352. Multipliez par 3,74 € et vous obtenez une augmentation nette. C'est ce mécanisme que beaucoup confondent avec une hausse du point. Et honnêtement, je comprends la confusion : sur une fiche de paie, le résultat est le même, le salaire augmente.
Les limites du dispositif
Mais attention : l'avenant 43 ne concerne que les salariés en poste dans des structures financées par la sécurité sociale ou les départements. Les structures non financées, ou celles qui n'ont pas signé l'accord, ne sont pas obligées de l'appliquer. J'ai accompagné une association qui avait refusé de l'appliquer, prétextant un manque de budget. Les salariés ont dû saisir le conseil de prud'hommes pour faire valoir leurs droits.
Les erreurs que je vois sur les fiches de paie (et comment les repérer)
Après des années à analyser des bulletins de salaire, je peux vous dire que les erreurs sont plus fréquentes qu'on ne le croit. En voici les plus courantes :
- Application d'une mauvaise valeur du point : certains logiciels de paie n'ont pas été mis à jour après l'avenant 34
- Confusion entre point et coefficient : une erreur de saisie du coefficient change tout le calcul
- Oubli des points d'ancienneté : ils doivent être ajoutés au coefficient de base
- Non-application des avenants postérieurs : l'avenant 43, par exemple, est obligatoire pour les structures concernées
- Calcul de la prime Ségur sur une base erronée : la prime est proportionnelle au temps de travail, pas fixe
Un cas concret qui m'a marqué
Une auxiliaire de vie sociale m'a contacté en 2022 avec une fiche de paie illisible. En l'examinant, j'ai découvert qu'elle était payée sur la base d'un coefficient 232, alors que son poste exigeait un coefficient 270 selon la convention. L'erreur durait depuis trois ans. Le rappel s'est élevé à plus de 4 000 €.
Le plus triste ? Son employeur, une petite association, n'avait jamais vérifié. Le logiciel de paie était configuré avec des paramètres par défaut, et personne n'avait pris le temps de les corriger. Si vous êtes dans ce cas, ne tardez pas : la prescription est de trois ans, et elle court vite.
Où en est la valeur du point en 2026 ?
En 2026, la valeur du point de la convention 66 est toujours de 3,74 €. Aucun avenant ne l'a modifiée depuis 2019. C'est une situation inédite : sept ans sans revalorisation du point, alors que l'inflation a atteint des niveaux records entre 2021 et 2023.
Les négociations de branche se sont focalisées sur d'autres leviers : les coefficients, les primes, les compléments. Le point, lui, est devenu un symbole. Un symbole de l'immobilisme, diront certains. Un marqueur de stabilité, diront d'autres. Moi, je dis que c'est un problème structurel.
Comparaison avec d'autres conventions collectives
| Convention collective | Valeur du point (2026) | Dernière revalorisation |
|---|---|---|
| Convention 66 (secteur sanitaire et social) | 3,74 € | 2019 |
| Fonction publique | 4,92 € | 2023 |
| Convention 51 (CCN du particulier employeur) | ~15,50 € (salaire horaire minimal) | 2025 |
| Convention 2026 (sport et animation) | ~12,00 € (salaire minimal conventionnel) | 2024 |
Ce tableau montre l'ampleur du décrochage. Les autres branches ont réagi à l'inflation ; la branche 66, non. Résultat : des salariés qui quittent le secteur, des recrutements impossibles, et des structures qui ferment faute de personnel.
Les perspectives pour les prochaines années
La pression monte. Les fédérations patronales savent qu'elles ne pourront pas maintenir ce gel indéfiniment. Plusieurs pistes sont évoquées : une revalorisation du point, une refonte des coefficients, ou un alignement progressif sur d'autres conventions. Mais rien n'est acté.
En attendant, si vous êtes salarié de la convention 66, vérifiez régulièrement votre fiche de paie. Et si vous êtes employeur, n'attendez pas qu'un salarié vous attaque aux prud'hommes pour mettre vos calculs à jour. Les inégalités de revenus ne se résolvent pas toutes seules, et la paie est le premier endroit où elles se matérialisent.
Ce qu'il faut retenir : la valeur du point n'a pas changé, mais votre salaire peut augmenter
Voilà la conclusion un peu paradoxale de cette histoire : le point n'a pas bougé, mais des milliers de salariés de la branche ont vu leur rémunération augmenter depuis 2020. Par le biais des coefficients, des primes, des compléments. Le système a contourné le point plutôt que de le revaloriser.
Mon conseil : ne restez pas passif. Vérifiez votre fiche de paie, comparez avec les grilles de la convention, et si vous constatez un écart, agissez. La prescription de trois ans est une épée de Damoclès : chaque mois qui passe, c'est un mois de rappel potentiel qui s'envole.
Et si vous gérez un établissement, prenez le temps de vérifier vos paramètres de paie. Une erreur de coefficient, c'est un rappel de salaire, mais aussi des cotisations à régulariser, et parfois des sanctions. J'ai vu des structures perdre des marchés à cause de ça.
Pour aller plus loin, je vous recommande de consulter les ressources sur la cessation d'activité et les tendances 2026 si vous envisagez de céder votre structure, ou de vous renseigner sur les budgets contraints qui pèsent sur les salariés du secteur. La paie, c'est le nerf de la guerre, mais ce n'est jamais qu'un aspect de la vie d'une organisation.
Questions fréquentes
La valeur du point de la convention 66 a-t-elle augmenté en 2020 ?
Non. La valeur du point est restée à 3,74 € pendant toute l'année 2020. Aucun avenant signé cette année-là n'a modifié ce montant. Les seules augmentations constatées en 2020 provenaient du Ségur de la santé, qui a créé des primes et compléments, mais n'a pas touché au point lui-même.
Comment calculer mon salaire avec la valeur du point 66 ?
Le calcul est simple : multipliez votre coefficient (déterminé par votre poste et votre ancienneté) par la valeur du point. Par exemple, pour un coefficient de 300 : 300 × 3,74 € = 1 122 € brut mensuel. À cela s'ajoutent les primes, les majorations et les compléments prévus par la convention ou par des accords spécifiques.
Quelle est la différence entre la valeur du point et le salaire minimum conventionnel ?
Le salaire minimum conventionnel est le montant en dessous duquel aucun salarié de la branche ne peut être payé. Il se calcule à partir de la valeur du point et des coefficients les plus bas. En 2026, le salaire minimum conventionnel de la branche 66 est d'environ 1 800 € brut mensuel, mais il peut être inférieur au SMIC selon les coefficients, ce qui oblige les employeurs à appliquer le SMIC.
Mon employeur peut-il refuser d'appliquer l'avenant 43 ?
L'avenant 43, qui prévoit une revalorisation de 5 à 10 % des coefficients, a été étendu par arrêté ministériel. Il est donc obligatoire pour toutes les structures de la branche, même celles qui n'ont pas signé l'accord. Si votre employeur ne l'applique pas, vous pouvez le mettre en demeure, puis saisir le conseil de prud'hommes.
Puis-je demander un rappel de salaire pour les années passées ?
Oui, dans la limite de la prescription de trois ans. Cela signifie que vous pouvez réclamer les sommes dues pour les trois dernières années. Pour les faits antérieurs à 2023, il est donc encore possible d'agir, mais le délai se réduit. Ne tardez pas : plus vous attendez, plus vous perdez des droits.